On n’ouvre pas un « Village des Marques » sans ouvrir le débat

Rudy Iovino, Président du Medef Montpellier-Sète-Centre Hérault, tire lui aussi la sonnette d’alarme quant à l’implantation annoncée de 86 magasins à Odysseum.

L’annonce, par le Président de Montpellier Agglomération, de l’ouverture prochaine d’un « Village des Marques » à Montpellier suscite, dans le monde économique et au delà, un vif émoi. Un émoi légitime lorsqu’on songe à l’ampleur du projet, soit l’installation de 86 boutiques de grandes enseignes sur le territoire de la capitale régionale. Eu égard aux premières réactions des principaux décideurs, à commencer par Mme le Maire de Montpellier et M. le Président de la CCI, on ne peut que mesurer ce qui, au moins en termes de méthode, est inapproprié.

J’ai suffisamment œuvré, ces derniers mois, à la réunification des chefs d’entreprise dans le sens de l’intérêt général, pour ne pas m’alarmer des conséquences d’une telle annonce. Nous avons par trop souffert des divisions, des inimitiés et incidemment des inerties, pour ne pas être inquiets de ce qui est à l’œuvre aujourd’hui. Souhaite-t-on retomber dans l’absence d’échanges et de partenariats, comme ce fut le cas de trop nombreuses années, notamment entre l’institution consulaire et les collectivités locales? Pour mémoire, c’est justement la concertation et le dialogue, initiés par Mme Hélène Mandroux dès son arrivée à la mairie de Montpellier en 2004, qui ont permis de débloquer une situation jusqu’alors figée. Et c’est justement grâce à un protocole portant précisément sur Odysseum que la normalité a repris ses droits.

Indépendamment même de la faisabilité de cette opération -la Mairie avance la non-constructibilité des parcelles retenues-, le projet en l’état ne peut que, d’évidence, créer un déséquilibre au détriment des commerçants du centre-ville. Réfléchissons aujourd’hui de façon constructive et responsable et, pour ce faire, seule la réflexion prospective et partagée permettra de sortir de l’ornière. Le tissu économique, tout particulièrement le monde commerçant, est trop sensible, a fortiori en cette période de crise mondiale, pour s’exonérer de sérieuses études d’impact et de débat démocratique avec toutes les collectivités. Ce n’est qu’à ce prix que tout projet peut voir le jour. Dans ce cadre, la CCI de Montpellier, doit tenir toute sa place, et les organisations patronales -c’est le cas de celle que je préside-, doivent l’y aider. Cela suppose d’utiliser toutes les expertises, de peser toutes les données, et de respecter toutes les paroles données. Car, au total, il y va de l’avenir de notre territoire, intra et extra muros, des choix que nous voulons opérer.

Le Président, Rudy IOVINO