Dans une longue interview aux ECHOS (page 4), Pierre Gattaz affirme qu’« il y a une réelle peur d’embaucher ». « Je vois des centaines de patrons de terrain toutes les semaines, et tous me le disent : ils sont effrayés par les conséquences d’une embauche si cela se passe mal », explique-t-il. « C’est pourquoi la création d’un barème obligatoire aux prud’hommes avec un plafond est essentielle », juge le président du Medef.
Concernant l’emploi, « aucune organisation patronale n’a fait autant pour l’emploi que nous » constate-t-il, citant les nombreuses initiatives du Medef dans ce domaine : « Beau travail », le soutien à la candidature de la France pour les Olympiades des métiers, le Tour de France de l’emploi, la campagne sur la formation professionnelle et l’Université du numérique… « Mais on ne peut pas tout faire tout seul », regrette Pierre Gattaz. « Restaurer la confiance des investisseurs, rendre nos entreprises plus compétitives, ça c’est du ressort du gouvernement », estime-t-il.
Sur la menace de revenir sur le pacte de responsabilité, le président du Medef exprime sa crainte. Pourtant, plaide-t-il, « nous avons 8 millions de salariés couverts par un accord sur les 12 millions de salariés qui travaillent dans les entreprises adhérentes au Medef. Alors que les entreprises ont reçu à fin 2014 seulement 6 milliards sur les 40 milliards du pacte ». « La confiance, c’est de respecter le pacte, sa trajectoire, son calendrier. Il y aurait un grave problème de cohérence entre les discours et les actes si ce n’était pas le cas », prévient Pierre Gattaz. « Créer 1 million d’emplois d’ici à cinq ans si on lève tous les freins à l’embauche que nous avons identifiés il y a déjà plusieurs mois, c’est tout à fait possible » , soulig ne-t-il. « Mais, pour cela, il faut vraiment engager des réformes et pas simplement attendre », considère-t-il.
Pour le président du Medef la flexibilité du marché du travail « est le sujet fondamental pour le pays », « tous les économistes et organismes internationaux le disent. Il faut créer des CDI sécurisés, assouplir le recours au CDD ou encore faciliter l’accès des chômeurs de longue durée aux contrats de professionnalisation », affirme-t-il, « l’exécutif doit le comprendre et arrêter de nous remettre tout le temps des contraintes ».
Concernant la nouvelle grande conférence sociale à l’automne, Pierre Gattaz exprime son doute « je ne suis pas sûr que ce genre de rendez-vous serve à grand-chose, à moins qu’il y ait des décisions fortes au bout du compte ». « Il y a un moment où il faut atterrir, avec un chef qui décide et qui agit », fait-il-valoir. « Je suis pour le dialogue social, et nous avons d’ailleurs trouvé des accords importants (…). Quand on peut avancer, on avance », assure-t-il. « Mais je vois aussi que les partenaires sociaux referment les sujets majeurs les uns après les autres, s’attriste-il. Sur le contrat de travail et la flexisécurité, sur les 35 heures, c’est non à tout », constate-t-il.